



La tristesse déchirait son visage, lissé par l'absence de sentiments, dans un rictus effrayant. Les larmes ruisselait sur ses joues, et les sanglots ressemblait à ceux d'un gamin, en proie à une crise de pleurs, incontrôlable. Les hocquets agitaient son corps par spasmes, et Aymeric se recroquevillait encore plus dans le coin sombre qui le protégeait du monde et de ses peurs. Il glissait sur la terre sèche, grattant le sol pour se coller davantage contre le mur, et de ses mains salies il s'essuyait à grand revers les larmes cristallines qui le souillaient. Ce retour de lucidité lui déchirait l'âme aussi sûrement que son coeur. La bête s'éteignait l'espace d'un instant pour lui rappeler son cruel état, pour lui souffler toutes ses pertes. Lauréline. Cette pensée le tordit de douleur, comme l'aurait fait un carreau d'arbalète droit sur son coeur. Il l'avait perdu, et désormais il n'existait plus. Les sanglots qu'il étouffait attirèrent l'attention, dans les ruines des rues ou l'activité commençait à renaître, et un homme vint vers lui, indécis. Alors, Aymeric, avalant son dernier sanglot, glapit de peur. Va t'en. Je t'en supplie va t'en. Le pauvre curieux vit la face du malheureux se métamorphoser, et la lueur de douleur, au fond des yeux d'Aymeric, disparaître. Il ne sentit ensuite que l'explosion de douleur qui fouillait ses entrailles, et le froid de la lame glacer l'interieur de son abdomen. Il regarda l'assassin avec un regard d'incompréhension, et peu à peu cette flamme de vie s'éteigna, tandis que son corps glissait le long du sabre pour tomber sur le sol comme une masse.
Faiblesse ! Tu n'es qu'un faible ! Dois je la tuer pour que tu l'oublies?
L'ombre, assassine, essuya les larmes qui mouillait son visage. Toute trace de sentiment avait déserté ses traits, et lissée par la Mort, inexpressif, le tueur se dissipa, se dérobant à la lueur éclatante de la lune, se glissant dans les replis de la Toile. Il n'était plus rien que l'objet des Ombres, et, en de lui, se créeait les Tissages maléfiques. Aymeric était devenu le Mal, ainsi que son créateur. Il n'y avait plus de limite à sa haine et sa colère. Et il deviendrait la limite à la Vie, l'arrachant à quiconque se mettrait en travers de lui.
Au fond de lui, l'Assassin étouffa une dernière pensée.
Lauréline, je t'aime.
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